Wait

Attendre. J’écris cette chronique à une heure tardive de la nuit, dans une voiture qui laisse échapper les derniers flux de chaleur par chaque interstice de la carlingue. Attendre. Je déteste attendre. C’est subir le temps, prendre conscience de notre condition humaine, coincé entre deux infinis, voué à attendre, sans cesse. Quand vous avez l’habitude de tout contrôler, de planifier votre journée pour que tout se déroule selon le rythme que vous lui avez attribué, attendre est une fatalité à laquelle vous voulez échapper. Fatalité et échapper, comme si ces deux mots étaient fait pour vous rappeler l’ironie de votre sort. Certaines personnes font des listes, des listes de courses, de choses à faire, des listes tellement remplies qu’elles vous empêchent d’avoir du temps à ne rien faire, du temps libre, libre de penser, de tergiverser. Alors je déteste attendre. Attendre et penser. L’air se refroidit moins rapidement que je l’aurais cru mais je ne sais pas combien de temps ma note pourra contenir le flot de mots qui se déverse sur mon téléphone. Écouteurs aux oreilles, regards furtifs par la fenêtre attendant que l’attente passe. Attendre quelqu’un, quelque chose, un événement, être impuissant face au temps et essayer de le combler d’une quelconque manière. Écrire, écouter de la musique, parler…mais arrêter de penser. Parce que l’impuissance face au temps est inéluctable peut être faut il simplement le retarder, avoir l’illusion de l’accepter, accepter d’être soumis à une force transcendante, sans contrôle. Ou croire pouvoir le tromper. Bref, assise dans cette voiture à 2h du matin, attendant que cesse cette position de passivité, que cesse cette attente pour qu’une autre vienne suppléer la première, et qu’ une seconde soit remplacer par une autre encore, tel un éternel recommencement. Il fait vraiment froid à présent. Le temps semble s’être arrêté. Finalement.

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